Nous vivons une période de grands changements, pandémie oblige. Dans le réseau de la santé, tout avance actuellement à une vitesse étonnante. Depuis plus de deux ans, le ministère nous submerge de nouvelles directives, de nouvelles obligations, de nouveaux mandats. Sur le terrain, pas le temps pour reprendre des forces, ou pour poser un regard critique sur les actions que nous posons. Il faut agir, le temps compte plus que jamais !
Dans ce troisième été « covidien », je sens les équipes de mon hôpital fragilisées. Les problèmes de personnel, tant en assiduité qu’en rétention, ont atteint un seuil jamais vu. Nous essayons de faire plus avec moins jusqu’à en épuiser les plus vaillants d’entre nous. Conséquemment, les professionnels en nous souffrent de l’écart entre la pratique que nous désirons avoir, et celle que nous devons avoir. Et évidemment, c’est le patient qui paie la note.
Et moi, devant tout ce tumulte, j’ai le goût de faire une pause…
…ou plutôt un temps d’arrêt.
On enseigne à nos étudiants en pharmacie l’importance d’être réflexif à l’action. Après tout, par définition le pharmacien est érudit, vigilant, rigoureux. Nous sommes le filet de sécurité en matière d’usage optimal des médicaments. Une proportion significative de notre temps de travail est de nature analytique. Nous évaluons des risques. Nous voulons prévoir l’imprévisible. Nous réfléchissons.
Après deux ans à toute vitesse, j’ai besoin de ralentir. Mais le ministère, lui, accélère. Nous sommes constamment dans l’action. Le défi de l’heure revient aux blocs opératoires et aux unités de soins chirurgicaux qui doivent augmenter leur débit pour rattraper le temps opératoire perdu pendant la pandémie. L’augmentation du nombre de rencontres préopératoires et du nombre d’hospitalisations a déjà un impact significatif sur mon équipe : plus de bilans comparatifs des médicaments périopératoires, plus de patients nécessitant une gestion de leurs médicaments pour leur chirurgie, plus d’ordonnances à analyser et traiter. La pression est notable.
Dans mon centre hospitalier, la pénurie de personnel en pharmacie n’a jamais été aussi frappante. Lors des journées de semaine les plus difficiles, nous nous sommes retrouvés à seulement 2 pharmaciens pour la totalité de nos services. Pour les gens familiers avec la pratique en établissement de santé, vous aurez probablement déjà compris : un pharmacien à la distribution et un pharmacien en oncologie. C’est tout. Pas de services cliniques de proximité sur les unités de soins. Pas de couverture à l’urgence, aux soins intensifs, en chirurgie, en médecine, à l’UCDG, ou dans nos 3 CHSLD. Pas de réponse aux demandes de consultation.
La pénurie de personnel en pharmacie d’établissement n’est pas nouvelle. Je dirais même qu’elle fait partie du décor. L’enquête annuelle sur les effectifs pharmaceutiques de l’APES est d’ailleurs guère rassurante à cet effet. Les disparités régionales demeurent importantes et le recours au dépannage, significatif.
Parmi toute cette action, j’ai le goût de réfléchir. Serait-il venu le temps de discuter de pertinence ? De se questionner sur la valeur ajoutée du pharmacien dans les actes qu’il pose ?
En même temps, discuter de pertinence, c’est effrayant. Et si on considérait que mon champ d’intérêt principal n’est pas « pertinent » ? Et si certaines tâches administratives devaient être mises de l’avant au détriment de tâches cliniques plus attrayantes ? Et si dans certains hôpitaux, certains postes devaient conséquemment être abolis ?
Et vous ? Quelles sont vos réalités locales ? En cette période d’incessante instabilité, réussissez-vous à trouver un équilibre raisonnable entre réflexion et action ?


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