Jamais je n’aurais pensé devenir gestionnaire après seulement douze années de pratique. Mais voilà, à la suite de nombreux événements difficiles au sein de mon équipe, j’ai senti le devoir d’effectuer cette transition. Une transition qui vient assez de nombreux désirs, projets, résolutions, mais aussi des inquiétudes et des deuils.
J’estime avoir toujours eu une bonne compréhension des systèmes et des règles inhérents à notre système de santé et nos établissements. Pourtant après bientôt trois mois, chaque journée me réserve encore son lot de surprises. Ayant toujours travaillé comme pharmacien à temps (plus que) complet, je n’ai jamais eu à me pencher auparavant sur les conditions de travail d’un employé à temps partiel. J’appréciais ma douce innocence en lien avec les diverses centrales syndicales et leurs ententes, conditions et obligations respectives. Maintenant, tout ceci fait partie de mon quotidien.
J’appréhendais beaucoup l’ampleur de la tâche. J’ai vu mon ancienne cheffe travailler sans relâche, sans compter. Je l’ai vue moduler son rôle de gestionnaire pour le mettre à sa couleur, et elle a fait un travail plus qu’exemplaire. J’éprouvais de la crainte envers les attentes que les autres auraient envers moi.
Je savais aussi que la situation en pharmacie d’établissement dans mon CIUSSS était difficile. Nous étions à ce moment 4,2 ETC (équivalent temps complet) pharmaciens sur une équipe de 8, incluant la gestion. Les ressources ATP sont si rares que nous devons obliger nos équipes à se déplacer d’un hôpital à l’autre et sur de longues distances. Les MDA-MA (maisons de ainés et maisons alternatives) mettent d’autant plus de pression sur les équipes en pharmacie. Les programmes de TP au niveau collégial travaillent fort à recruter des membres de nos équipes pour enseigner. Au niveau régional, plusieurs retraites de membres importants de notre équipe sont prévues à court terme, impliquant des ruptures de service pharmaceutique éventuelles. J’ai bien dit services et non soins pharmaceutiques ! C’est majeur !
Malgré tout, j’ai fait le saut. J’ai travailler sans compter pour rattraper le temps perdu pendant l’absence à la chefferie. Aujourd’hui, j’ai l’impression de pouvoir prendre ma première bouffée d’air. L’adaptation fut à la fois satisfaisante et éprouvante.
Je réalise aujourd’hui à quel point j’étais naïf face à la complexité administrative d’un CIUSSS au Québec. Certaines journées, je me sentais comme Astérix et Obélix dans la fameuse « maison des fous ». Trouver le bon interlocuteur dans l’équipe des ressources humaines est digne du laisser-passer A38. Les membres de plusieurs équipes ne connaissent même pas l’organigramme de leur propre direction. Je ne compte plus les « je ne sais pas » et les « je ne peux pas t’aider ». Mais heureusement, je constate au travers des mois qu’il suffit de bien apprendre à connaître certains employés clé dans chacune des équipes et tout se simplifie. Je commence enfin à me sentir efficace.
Je constate aussi les lacunes de notre formation universitaire à la maîtrise en regard de la gestion des ressources humaines, matérielles et financières. A posteriori, le cours de gestion en pharmacie d’établissement m’apparaît comme un vague survol de ce en quoi consiste réellement la gestion. Mais je suppose que rien pourrait nous préparer à devoir gérer un déversement de produit explosif, un exercice de planification de vacances résiduelles sans ressource disponible ou un plan de contingence pour rénover des locaux.
Il n’y a pas que du négatif par contre ! J’ai l’impression d’avoir plus d’outils pour aider la qualité des soins aux patients et le devenir de mon équipe. Je ressens l’appréciation de mon équipe lorsque je solutionne nos problèmes. J’ai toujours été un passionné d’amélioration continue et la gestion fait vibrer cette fibre plus que jamais. Je suis certain que le futur me réserve de beaux moments au travers ce nouveau rôle. Le défi est de me retrouver et me redéfinir comme PHARMACIEN !
Avez-vous des recommandations pour un nouveau gestionnaire ?


Laisser un commentaire